sommaire Textes
toute ouïe
éditions maison autres textes

 

Période de faiblesse

 
la bibliothèque portable couverture la bibliothèque portable

52p. - 10 × 14,5 - texte - couverture bleue 120g - intérieur crème 80g. - reliure ficelle

Sommaire
Partie I - S'inscrire dans la durée - Partie II - Présentation des méthodes
Partie III - Analyser - Partie IV - Percevoir



Extrait

"Il faut dans un premier temps opérer une distinction fondamentale entre les faiblesses ponctuelles et les périodes de faiblesse. Une faiblesse ponctuelle se caractérise par le fait qu'elle se manifeste depuis peu de temps, disons par exemple moins d'une semaine. Dans ce cas de figure, l'effort à effectuer consiste à identifier les causes le plus rapidement possible et tenter d'y remédier en jouant sur les conditions qui ont permis l'émergence de ces causes. Par exemple, la faiblesse ponctuelle intervient souvent quand on manque de sommeil: il faut alors en formuler l'hypothèse, et se contraindre à dormir. Si la faiblesse persiste, c'est que la cause a été mal identifiée, il faut refaire l'analyse de la situation jusqu'à localiser un ensemble de causes efficaces. Les faiblesses ponctuelles sont généralement résorbables en un temps assez court, à condition de ne pas nier leur existence.
La difficulté est toute autre pour les périodes de faiblesse. Elles résultent soit de faiblesses ponctuelles qui sont devenues chroniques (c'est-à-dire non identifiées ou non traitées, qui ont traîné comme une mauvaise grippe et se sont infectées), soit de conjonctions entre des problèmes "lourds". J'appelle problème lourd toute situation qui engage et remet en question des aspects anciens de notre personnalité, et demande donc un effort de reconstruction, au moins partiel, des fondements de notre identité. Certains problèmes lourds peuvent ne pas provoquer de période faible, en particulier lorsque nous sommes "prêts" à opérer la restructuration, c'est-à-dire lorsqu'un processus d'évolution personnelle en a fait mûrir en nous le désir, et que nos expériences nous permettent d'élaborer une méthode propre à opérer ces changements. En bref, il arrive que nous sachions comment faire. En revanche, lorsque des points peu mobiles sont sollicités comme articulation sans que nous ayons pu les préparer suffisamment à cette fonction, il arrive que s'installe en notre corps une profonde souffrance. C'est ce que j'appelle les périodes de faiblesse. Elles peuvent être provoquées par une mauvaise connaissance de soi-même, qui fait qu'on prend au départ des décisions impropres à soulager la souffrance naissante; ou bien par l'intervention d'un facteur extérieur, qui interfère avec les problèmes lourds de manière tantôt constructive, tantôt destructive, et installe en leur endroit une oscillation dont nous ne sommes plus maître; ou encore par la conjonction de ces deux facteurs.
On voudrait alors, et c'est naturel, se débarrasser de la souffrance. Sauf qu'en envisageant le problème sous cet angle, on réduit la période de faiblesse à une faiblesse ponctuelle, et on commet une erreur de méthode. Le propre de la période de faiblesse, c'est qu'elle dure. D'une certaine manière, j'irai jusqu'à dire qu'elle doit durer, puisqu'elle nous engage à des modifications profondes de notre identité, et qu'il est dangereux d'opérer un tel travail dans l'urgence. Cela risquerait de nous conduire à construire une nouvelle maison qui révèlerait vite sa perméabilité, et nous contraindrait à un nouveau déménagement. Pour le dire en bref, celui qui nie l'inscription de ces processus dans la durée risque d'en s'engager dans une dynamique de rechutes perpétuelles. La période de faiblesse risque alors à son tour de devenir chronique, et de se transformer en faiblesse constitutive. A ce stade, on peut considérer sans sombrer dans le tragique que la maladie guette. Il faut essayer de ne pas en arriver là.
Pour ce faire, la maxime essentielle consiste à envisager un délai de rétablissement raisonnable. [...]"


PREMIERE PARTIE
S'inscrire dans la durée


retourner à l'accueil